Burkina / Éducation : les 72 heures de l’Étudiant en communication et journalisme lancées par une conférence inaugurale de Dr Cyriaque Paré
« Je me suis amusé une fois à demander la recette de
babenda à une IA, elle m’a dit que c’était une ville congolaise… », a confié
le Dr Cyriaque Paré abordant la question des hallucinations à l’occasion de la
conférence inaugurale des 72 heures de l’étudiant en communication et
journalisme, tenue le 12 mars 2026 à la salle PSUT de l’Université Joseph
Ki-Zerbo. Cette conférence, organisée par le Club des étudiants de l’IMPERMIC,
portait sur le thème « Les métiers de l’information et de la communication à
l’épreuve de l’intelligence artificielle », un sujet jugé particulièrement
pertinent dans un contexte où l’IA transforme profondément les pratiques
professionnelles des médias et de la communication
Dans son intervention, Dr Paré a mis en lumière les défis
liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le contexte africain
et plus spécifiquement burkinabè, en s’adressant directement aux étudiants en
communication et journalisme, principaux concernés par ces mutations. Il a
évoqué notamment les risques de crise de crédibilité liés aux deepfakes, les
biais algorithmiques ainsi que la possibilité d’une uniformisation des contenus
médiatiques. À ces défis s’ajoutent la fracture numérique et la fracture de
compétences dans l’utilisation de l’IA, deux réalités qui pourraient accentuer
les inégalités dans l’accès et la maîtrise des technologies de l’information
Le conférencier a également insisté sur l’insuffisance des
données africaines dans l’entraînement des intelligences artificielles. Selon
lui, ces données représenteraient 1 % des bases utilisées, alors que l’Afrique
constitue près de 20 % de la population mondiale, une situation qui explique en
partie certaines erreurs ou « hallucinations » générées par les systèmes d’IA.
Pour illustrer ce phénomène, il a raconté avec humour avoir demandé un jour à
une intelligence artificielle la recette du babenda, un mets local bien connu,
et s’être vu répondre qu’il s’agissait d’une ville congolaise. À travers cet
exemple, il a invité les étudiants et les producteurs de contenus à documenter
davantage les réalités africaines, notamment dans les domaines culturels et
culinaires, afin de nourrir les bases de données utilisées par les
intelligences artificielles et de réduire ce type d’erreurs
Au-delà des défis, Dr Paré a également mis en avant les
opportunités qu’offre l’intelligence artificielle pour les métiers de
l’information et de la communication. Selon lui, l’IA constitue un véritable
moteur d’analyse et de productivité, capable de faciliter la synthèse des
recherches documentaires, la production de rapports ou encore la détection de
tendances dans les données. Il a par ailleurs évoqué l’apparition de nouveaux
profils professionnels tels que le data journaliste ou encore l’analyste algorithmique,
tout en soulignant l’importance de développer chez les étudiants une compétence
essentielle dans ce nouvel environnement technologique, à savoir l’esprit
critique, qu’il considère comme indispensable pour analyser, vérifier et
contextualiser l’information
Abordant les limites de l’intelligence artificielle, Dr Paré
a rappelé que certaines dimensions du travail journalistique restent
profondément humaines. L’expérience du terrain, l’intégrité morale dans
l’utilisation des technologies et dans la production de l’information ainsi que
le jugement éthique ne peuvent être remplacés par les machines. Il a insisté
sur le fait que le journaliste demeure responsable de ses écrits, même
lorsqu’il utilise des outils d’intelligence artificielle, les éventuelles erreurs
ou hallucinations ne pouvant en aucun cas être attribuées à la machine. Il a
également souligné que la compréhension fine des contextes africains constitue
une réalité encore difficilement accessible à l’intelligence artificielle
Cette conférence inaugurale marque le lancement des 72
heures de l’Étudiant en Communication et Journalisme, édition 2026, organisées
par le Club des étudiants en communication et journalisme de l’IMPERMIC. Ces 72
heures portent sur le thème :
« Les métiers de l’information et de la communication à l’épreuve
de l’intelligence artificielle. » Les activités se tiennent du 12 au 14 mars
2026 à la salle PSUT de l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, et
réunissent étudiants, professionnels des médias et acteurs du numérique autour
de réflexions sur l’évolution des métiers de l’information et de la
communication à l’ère des nouvelles technologies.
Lire : Information et communication à l’ère de l’IA : les étudiants de l’IPERMIC en débat pendant 72 heures



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